Consommation homologuée et réelle : un écart de plus en plus grand

11/09/2018

150 milliards d’euros : c’est le surcoût sur 18 ans, pour l’ensemble de l’Europe, que vient de chiffrer l’association européenne Transport & Environment. Surcoût lié à l’écart entre les consommations homologuées, irréalistes, affichées par les constructeurs ; et celles qui se constatent réellement dans la vie des automobilistes.

150 milliards d’euros : c’est le surcoût sur 18 ans, pour l’ensemble de l’Europe, que vient de chiffrer l’association européenne Transport & Environment. Surcoût lié à l’écart entre les consommations homologuées, irréalistes, affichées par les constructeurs ; et celles qui se constatent réellement dans la vie des automobilistes.

Depuis des années, chacun a constaté l’écart entre les consommations mises en avant par les constructeurs et celles réellement enregistrées dans la réalité. Un écart qui va croissant depuis vingt ans. Et, quand on fait les comptes, comme vient de le faire l'association européenne Transport & Environment, ce sont 150 milliards d’euros en plus qu’ont dépensé les Européens depuis 2000, en utilisant leurs 280 millions d’automobiles, par rapport aux promesses des constructeurs. 

Julia Poliscanova, responsable chez Transport & Environment pour tout ce qui est véhicules propres et qualité de l’air, a dirigé cette étude. Interview. 

Comment arrivez-vous à ce chiffre incroyable de 150 milliards d’euros ?

Oui, les chiffres sont impressionnants. Mis bout à bout, ces litres de carburant consommés en plus par rapport aux valeurs officielles aboutissent à ce chiffre colossal de 149,6 milliards d’euros exactement, sur 18 ans, depuis 2000. Regardez : juste pour l’année 2017, le surcoût de consommation par rapport aux chiffres officiels, la dépense indue des automobilistes européens s’est montée à 23,4 milliards. 

C’est aussi un problème pour l’environnement ?

Effectivement, ce n’est pas qu’une question de budget. Car du carburant consommé en plus, c’est aussi davantage de gaz carbonique rejeté dans l’atmosphère. Depuis 2000, cette surconsommation de carburant a généré 264 millions de tonnes de CO2 en plus. C’est plus que le rejet annuel total d’un pays de 17 millions d’habitants, comme les Pays-Bas. 

La France se situe comment, dans ce bilan européen ?

Logiquement, c’est le pays le plus peuplé d’Europe et celui qui a le plus de voitures, qui est le plus pénalisé : l’Allemagne. Les conducteurs allemands ont dépensé, en 18 ans, 36 milliards d’euros en plus. Viennent ensuite les Anglais : 24,1 milliards ; puis les Français : 20,5 milliards. 

Cet écart entre consommations officielles et consommations réelles est si important ?

Oui. Et le problème, c’est que, d’année en année, il s’accroît. L’écart de consommation était en moyenne de 9% en 2000. L’an dernier, nous l’avons chiffré à 42% ! 42% de plus, par rapport aux données officielles, celles de l’homologation qui se retrouvent affichées dans les publicités. 

Comment expliquez-vous cet écart entre la norme et la réalité ?

Nous pensons qu’un écart de 9% serait acceptable. Mais de plus en plus, les constructeurs ont optimisé les voitures présentées à l’homologation pour qu’elles consomment le moins possible lors des tests. Les véhicules mesurés officiellement sont dans des configurations qui n’existent pas à l’identique en série. Sans compter les petits arrangements, comme les batteries chargées à 100% sans alternateur qui les recharge, les pneus optimisés pour opposer la moindre résistance au roulement. Le mode de test utilisé est aussi en cause : pas assez dynamique, avec trop peu d’accélérations. Sur route, dès que les automobilistes conduisent normalement, la consommation s’accroît. Fortement.

Source : Ouest France

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